Le constat est sévère. Selon des chiffres relayés le 21 décembre par le quotidien Público, le nombre de personnes sans domicile fixe (SDF) au Portugal a connu une hausse de 260 % en moins d’une décennie. En 2024, 14 476 personnes vivaient sans logement, contre 4 006 en 2016.
Un chiffre qui contraste fortement avec l’objectif affiché par Marcelo Rebelo de Sousa lors de son élection à la présidence de la République, en 2016. Le chef de l’État portugais, qui quittera ses fonctions le 18 janvier 2026 après deux mandats, ambitionnait alors d’atteindre le zéro personne à la rue d’ici 2023.
Un engagement salué, mais un bilan préoccupant
Si le bilan chiffré est alarmant, l’action du président sortant n’est pas unanimement critiquée. Plusieurs responsables associatifs saluent au contraire son implication personnelle dans la lutte contre le sans-abrisme.
« En mobilisant des entités publiques et privées, il a contribué à recentrer l’attention sur les solutions », explique Maria João Vargas Moniz, professeure à l’Institut universitaire Ispa, à Lisbonne, et coordinatrice exécutive du projet HOME_EU.
Selon elle, cette mobilisation a permis de réduire les dysfonctionnements institutionnels : « Il y avait beaucoup de désarticulations. Cela a obligé les systèmes à s’organiser. Aujourd’hui, il y a aussi moins de tolérance face à ce phénomène. »
Une crise du logement persistante
Malgré ces avancées, la situation reste jugée hautement problématique. Le nombre de personnes sans abri a plus que triplé en neuf ans, dans un contexte de grave crise du logement marquée par la flambée des loyers, la pénurie de logements accessibles et la pression touristique dans les grandes villes comme Lisbonne ou Porto.
Pour Henrique Joaquim, coordinateur national de la Stratégie nationale pour l’intégration des personnes sans-abri, cette augmentation s’explique en partie par une meilleure identification des situations de rue.
« Il y a une amélioration continue du diagnostic », affirme-t-il, soulignant que les personnes sans domicile sont aujourd’hui davantage recensées et intégrées aux statistiques officielles.
Un profil social marqué
Les données révèlent également un profil dominant parmi les personnes vivant dans la rue. Il s’agit majoritairement d’hommes portugais, faiblement scolarisés, âgés de 44 à 65 ans, et bénéficiaires du revenu social d’insertion.
Les femmes sans abri, quant à elles, sont nettement plus jeunes, certaines ayant moins de 18 ans, ce qui souligne une vulnérabilité accrue et des parcours souvent marqués par des ruptures familiales ou des violences.
À l’approche de la fin du mandat de Marcelo Rebelo de Sousa, la question du sans-abrisme s’impose comme l’un des défis sociaux majeurs du Portugal. Entre efforts institutionnels, amélioration des politiques publiques et urgence de solutions structurelles en matière de logement, le pays reste confronté à une réalité sociale de plus en plus visible dans l’espace public.



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