Figure centrale de la droite radicale au Portugal, André Ventura s’est imposé en quelques années comme l’un des hommes politiques les plus clivants du pays. Fondateur et leader du parti Chega, il est aujourd’hui candidat à l’élection présidentielle de 2026, pour laquelle il s’est qualifié au second tour, une première historique pour l’ultradroite au Portugal.
Sa candidature bénéficie notamment du soutien de Jordan Bardella, président du Rassemblement national en France, symbole d’un rapprochement entre les droites radicales européennes.
Des débuts académiques et médiatiques
Né le 15 janvier 1983 à Sintra, dans la région de Lisbonne, André Claro Amaral Ventura est diplômé en droit de l’Université nouvelle de Lisbonne et docteur en droit public de l’University College Cork, en Irlande. Avant d’entrer pleinement en politique, il se fait connaître du grand public comme commentateur télévisé sur la chaîne CMTV, où il intervient d’abord sur le football, puis sur les faits divers criminels.
Son style direct, provocateur et sécuritaire lui permet d’acquérir une forte visibilité médiatique. Il tient également une chronique dans le quotidien conservateur Correio da Manhã, le journal le plus lu du pays, appartenant au même groupe que CMTV. Cette exposition contribue largement à façonner son image d’homme « anti-système ».
Du centre-droit à la rupture politique
Initialement membre du Parti social-démocrate (PSD), formation de centre-droit, André Ventura est alors pro-européen et proche de l’ancien Premier ministre Pedro Passos Coelho. Il est perçu comme l’un des espoirs montants du parti, bien que positionné sur une ligne plus conservatrice.
En 2017, il se présente aux élections municipales de Loures, au nord de Lisbonne. Sa campagne, marquée par des propos virulents visant la communauté rom, provoque une vive controverse et attire une large couverture médiatique. Bien qu’il ne soit pas élu, cet épisode marque un tournant dans sa trajectoire politique.
La naissance de Chega et l’entrée au Parlement
Le 9 avril 2019, André Ventura quitte le PSD et fonde le parti Chega (« Ça suffit »), qui se positionne comme une force nationaliste, conservatrice et populiste. Aux élections législatives d’octobre 2019, il est élu député à Lisbonne, signant le retour de l’extrême droite au Parlement portugais, 45 ans après la Révolution des Œillets.
Depuis, Chega connaît une progression rapide, capitalisant sur le rejet des partis traditionnels, la dénonciation de la corruption et les inquiétudes liées à l’immigration, à l’insécurité et au coût de la vie.
Un discours radical et controversé
André Ventura se présente comme un leader anti-système, hostile au « socialisme » et à ce qu’il décrit comme la complaisance des élites politiques. Il met en avant les thèmes de la loi et de l’ordre, de la défense des forces de police et d’une immigration plus restrictive.
Ses prises de position lui valent de nombreuses accusations de racisme et de xénophobie. Il a notamment multiplié les propos ciblant les Roms et les personnes noires, et suscité de vives polémiques en suggérant, durant la pandémie de Covid-19, des mesures d’exception à l’encontre de certaines communautés. Au Parlement, ses déclarations provocatrices ont régulièrement déclenché des scandales et des rappels à l’ordre.
Sur le plan institutionnel, Ventura entretient une relation ambiguë avec l’histoire portugaise, évoquant parfois avec nostalgie la période de la dictature de Salazar, tout en s’en défendant officiellement. Il critique également le processus révolutionnaire de 1974-1975, qu’il qualifie de dérive communiste.
Un sérieux candidat pour la présidence au Portugal
Candidat à la présidentielle de 2021, André Ventura obtient près de 12 % des voix, un score inédit pour l’extrême droite au Portugal. En 2026, il franchit une nouvelle étape en se qualifiant pour le second tour, confirmant l’ancrage durable de Chega dans le paysage politique.
Son positionnement, désormais soutenu par des figures européennes comme Jordan Bardella, illustre la normalisation progressive des droites radicales et place André Ventura au cœur d’un débat majeur sur l’avenir politique, démocratique et social du Portugal.



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