Retraite : pourquoi les femmes perçoivent encore des pensions plus faibles que les hommes au Portugal ?

Portugal retraite

Au Portugal, comme dans une grande partie de l’Europe, les inégalités entre les femmes et les hommes ne disparaissent pas à l’âge de la retraite. Bien au contraire. Si l’écart salarial pendant la vie active est largement documenté, la différence de pension, appelée gender pension gap, reste un enjeu majeur, reflet d’inégalités accumulées tout au long de la vie professionnelle.

Un écart encore significatif au Portugal

Selon les données les plus récentes compilées par l’OCDE, les femmes portugaises perçoivent en moyenne une pension inférieure de 23,2 % à celle des hommes. Concrètement, pour 100 euros de pension touchés par un retraité, une retraitée perçoit un peu moins de 77 euros.

Ce chiffre place le Portugal proche de la moyenne de l’OCDE, fixée à 23 %, mais il reste révélateur d’un déséquilibre structurel persistant.

Une amélioration notable depuis les années 2000

Le cas portugais se distingue toutefois par une évolution positive marquée. En 2007, l’écart entre les pensions des hommes et des femmes atteignait 35,6 %, un niveau nettement supérieur à la moyenne européenne de l’époque.

En moins de vingt ans, cette différence a reculé de plus de 12 points, ce qui place le Portugal parmi les pays européens ayant enregistré l’une des plus fortes réductions du gender pension gap. Cette amélioration s’explique notamment par :

  • une participation accrue des femmes au marché du travail,

  • une progression des niveaux de qualification féminins,

  • et des carrières professionnelles plus continues qu’auparavant.

Des inégalités construites tout au long de la vie active

Malgré ces avancées, l’écart reste important car il reflète des déséquilibres accumulés sur plusieurs décennies. Au Portugal, comme ailleurs, les pensions sont directement liées aux carrières professionnelles et aux cotisations versées.

Plusieurs facteurs expliquent pourquoi les femmes sont pénalisées :

  • des interruptions de carrière liées à la maternité,

  • un recours plus fréquent au temps partiel,

  • des carrières plus courtes ou moins bien rémunérées,

  • une concentration dans des secteurs historiquement moins valorisés.

Ces choix — souvent contraints — ont un impact durable sur les droits à la retraite.

Le rôle central de la maternité et des soins familiaux

Les spécialistes soulignent que l’écart de pension commence généralement à se creuser au moment où les femmes fondent une famille. La réduction du temps de travail pour s’occuper des enfants ou de proches dépendants entraîne une baisse immédiate des revenus… mais aussi des cotisations futures.

Au Portugal, même si des mécanismes de solidarité existent dans le système public, ils ne compensent que partiellement les pertes liées aux interruptions ou aux carrières à temps partiel prolongées.

Un système de retraite encore très dépendant du parcours professionnel

Contrairement à certains pays européens dotés de mécanismes redistributifs plus forts, le système portugais reste étroitement lié au parcours contributif. Les pensions reflètent donc fidèlement les inégalités du marché du travail.

Les femmes disposent aussi, en moyenne, de moins de capacité d’épargne pour compléter leur retraite par des solutions privées, ce qui accentue encore l’écart à long terme.

Une tendance encourageante, mais inachevée

La réduction progressive du gender pension gap observée au Portugal montre que les politiques d’égalité, l’accès à l’emploi et l’amélioration des droits sociaux portent leurs fruits. Toutefois, les experts estiment qu’il faudra encore plusieurs décennies pour que ces évolutions se traduisent pleinement dans les pensions versées.

Car la retraite reste le miroir fidèle d’une vie professionnelle entière. Tant que les inégalités persistent pendant la carrière, elles continueront de se refléter au moment de quitter le marché du travail.

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