Le Portugal pleure l’une de ses figures majeures de la musique traditionnelle. Le guitariste et compositeur António Chainho, surnommé par la critique internationale « le maître de la guitare portugaise », est décédé ce mardi 27 janvier 2026 à son domicile d’Alfragide, près de Lisbonne, le jour même de son 88ᵉ anniversaire, a annoncé son agent artistique à l’agence Lusa.
Icône du fado et ambassadeur de la guitare portugaise à travers le monde, António Chainho avait mis un terme à sa carrière en septembre 2024, après plus de 60 ans consacrés à la musique, marqués par un dernier album hommage intitulé O Abraço da Guitarra.
Un enfant de l’Alentejo devenu légende du fado
Né le 27 janvier 1938 à São Francisco da Serra, dans le district de Setúbal, António Chainho découvre très tôt la musique dans le café familial. Son premier contact avec le milieu fadiste remonte à 1960, alors qu’il se produit dans une taverne lisboète. Son talent éclate au grand jour durant son service militaire, au cours duquel il participe à une tournée au Mozambique.
En 1965, il s’installe à Lisbonne pour jouer au célèbre restaurant A Severa, dans le Bairro Alto, un moment qu’il considérait comme le véritable début de sa carrière artistique.
Une carrière exceptionnelle sur toutes les scènes du monde
Compositeur de titres emblématiques comme Uma Pequenina Luz ou Notas em Movimento, António Chainho a accompagné les plus grands noms du fado et de la musique internationale, de Carlos do Carmo à José Afonso, en passant par Gal Costa, Paco de Lucía, Maria Bethânia, José Carreras ou encore Rui Veloso.
Sa discographie riche débute en 1975 avec Guitarradas et s’étend sur plusieurs décennies, incluant des albums majeurs tels que Guitarra Portuguesa (1977), Guitarra e Outras Mulheres (1998) ou Cumplicidades (2015). En 1996, il enregistre même avec l’Orchestre philharmonique de Londres, une expérience qui, selon lui, « lui a ouvert les portes du monde ».
Un artiste innovant et ouvert aux musiques du monde
Tout au long de sa carrière, Chainho n’a cessé de repousser les limites de son instrument. Sa musique, nourrie par ses voyages et ses collaborations internationales, reflétait selon lui une véritable « métissité musicale », cherchant à tracer de nouveaux chemins pour la guitare portugaise.
La revue britannique Songlines le qualifiait d’ailleurs d’« ambassadeur de la guitare portugaise », soulignant son rôle clé dans la diffusion de cet instrument emblématique au-delà des frontières.
Un héritage culturel majeur au Portugal
En 2022, il est décoré Commandeur de l’Ordre de l’Infant Dom Henrique par le président portugais Marcelo Rebelo de Sousa pour sa contribution exceptionnelle à la culture nationale. En 2023, sa biographie O Abraço da Guitarra, signée Moema Silva, retrace sa vie et son parcours artistique hors norme.
Toujours attaché à sa région natale, il avait réalisé l’un de ses rêves en contribuant à la création d’une école de guitare portugaise à Santiago do Cacém, afin de transmettre son savoir aux nouvelles générations.
« Je me sens heureux »
Lorsqu’il quitte la scène fin 2024, António Chainho déclarait être « en paix » avec son parcours : « J’ai fait le tour du monde, joué sur tous les continents, et je me sens heureux. »
Avec sa disparition, le Portugal perd l’un de ses plus grands musiciens. Mais son héritage musical, profondément enraciné dans l’âme du fado et ouvert sur le monde, continuera de résonner longtemps.



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